Toshusai Sharaku 東洲斎 写楽, d'après

 

 

Portrait de l'acteur Otani Tokuji jouant le rôle de Sodesuke

 

XIXe siècle, gravure sur bois en couleurs (principe de l'estampe japonaise traditionnelle à la façon de l'Ukiyo-e) sur papier Japon fait main, fond de mica (Kirazuri), Japon.

 

Signée dans la planche en bas à droite et porte le cachet de censure Kiwame rond ainsi que le sceau de l'éditeur Tsatuya Jūzaburō, les trois marques sont à l'encre noire.

 

Dimensions : 38cm x 25,5cm : Format Ōban traditionnel

 

Prix : 700 € 

 Notre image est une gravure datant de 1794, mais ce retirage sur papier Japon a été réalisé au XIXe siècle. Elle représente une scène d'un programme de Kabuki, théâtre japonais, intitulé Hanaayame Bunroku Soga : Les Iris fleurissant, les frères Soga de l'ère Bunroku, 5e mois de 1794. Cette pièce a été interprétée par la troupe Miyako en mai 1794.

   Adaptée en 1701 d'après une histoire vraie dont le titre original est Kameyama no Adauchi, cette représentation passionne par son histoire de vengeance. En effet, il s'agit de deux jeunes frères, Hanjiro et Gennojo, qui cherchent à venger le meurtre de leur père et de leur frère aîné Genzo, 28 ans après leur mort à Kameyama, une ville-château d'Ise no Kuni. Le tueur, Fujikawa Mizuemon, a commis son crime afin de voler un rouleau secret conservé et transmis dans leur famille. La vengeance tardive s'effectue avec l'aide du chef de la famille Momoi, Ogishi Kurando, seigneur féodal du château de Kameyama. De nombreux personnages de cette pièce ont été portraiturés par Sharaku et notre image représente la scène du troisième acte où Sodesuke, joué par l'acteur Otani Tokuji, se bat contre Kumosuke. Il s'agit d'un portrait rapproché de Sodesuke.

Notre épreuve est rare et rivalise avec celles des grands ateliers japonais actuels. Il est en effet très difficile d'obtenir un fond de mica avec un tel éclat ; nous pouvons donc confirmer qu'il s'agit d'un tirage en provenance du Japon. Les matériaux utilisés pour ces épreuves sont plutôt coûteux : pigments de qualité, papier fait main, mica, le tout formant une impression à tirages limités et proches des estampes originales du XVIIIe siècle.

   Mise à part la signature de l'artiste que nous pouvons lire à la verticale en bas à droite et près du bord de la feuille, nous pouvons apercevoir également le cachet de censure rond Kiwame (littéralement "approuvé") ainsi que le sceau de l'éditeur Tsutaya Jūzaburō représentant des feuilles de lierre sous un Mont Fuji stylisé. Ce dernier fut un véritable découvreur de talents et sa maison édita de nombreux artistes célèbres comme Utamaro ou Toyokuni. Il était surnommé "le plus grand des éditeurs d'estampes" et c'est certainement le plus fameux éditeur de cette période. Les estampes produites par son atelier montrent souvent une très grande qualité de gravure. Bien qu'il ait connu un grand succès de son vivant et que ses publications l'aient enrichi, sa réputation actuelle tient plus à sa capacité à découvrir et à faire éclore de grands talents. En effet, sans le travail de Tsutaya Jūzaburō, la plupart des écrivains et artistes les plus talentueux de cette période n'auraient peut-être jamais pu émerger. Cet éditeur a notamment pris des risques entre les années 1787 et 1793 avec une censure plus stricte des réformes Kansei, qui envoyèrent directement Utamaro en prison où il fut enchainé et Tsutaya Jūzaburō contraint de payer une lourde sanction financière pour avoir publié des oeuvres licencieuses ou politiquement sensibles. Le Kiwame de censure était un cachet circulaire ou ovale, imprimé en noir et obligatoirement apposé pour toute publication d'estampes de 1790 à 1876. Il n'apparaît pas pour les éditions privées.

Signature de Sharaku, source : http://www.ukiyo-e.se/signatur.html
Signature de Sharaku, source : http://www.ukiyo-e.se/signatur.html

Toshusai Sharaku, actif de 1794 à 1795, est considéré comme un des plus grands maîtres de l'estampe japonaise. Son oeuvre représente, de façon particulièrement dynamique et audacieuse, les acteurs de Kabuki (théâtre traditionnel japonais relevant de l'épopée) les plus célèbres de son temps. Cet artiste mystérieux n'est connu que sur une période de dix mois. En effet, nous ne connaissons que très peu d'éléments biographiques à son sujet : mises à part ses qualités de graveur Ukiyo-e, nous ne savons même pas avec certitude quel était son véritable nom, ni même ses dates exactes. Il aurait été acteur de théâtre traditionnel dans la province d'Awa (aujourd'hui préfecture de Tokushima).

 

   Plusieurs hypothèses cherchent à résoudre l'énigme qui plane autour de sa carrière brève et fulgurante car l'apparition aussi brutale de telles estampes semble inexplicable. Le talent et la maturité nécessaires à de tels ouvrages sont forcément associés à des compétences développées sur le long terme similaires à celles d'un artiste comme Hokusai. Une théorie associe le nom de Sharaku à celui d'Hokusai. En effet, cette explication repose sur la disparition du monde artistique de ce dernier entre les années 1792 et 1796, ce qui correspond à la période d'abondante production de Sharaku. Mais cette théorie ne repose guère que sur l'explication qu'elle apporterait à l'éclipse d'Hokusai pendant cette période. De même, aucune hypothèse fondée n'est venue étayer la brutale disparition de Sharaku, moins d'un an après son apparition. 

   Une autre théorie s'appuierait sur le fait que Sharaku ne soit pas une personne, mais un projet collectif lancé par un groupe d'artiste dans le but de soutenir un éditeur d'estampes qui les avait aidés. Il s'agit certainement de Tsutaya Jūzaburō qui est le seul éditeur connu des oeuvres de l'artiste. Selon cette théorie, le nom de Sharaku viendrait de sharakusai (équivalent du mot "sornettes" en français), et serait une plaisanterie cachée des artistes qui savaient qu'il n'existait aucun Sharaku. De plus, nous ne connaissons aucune relation maître/élève qui mentionne ce nom.

   La dernière théorie connue serait en relation avec le succès de son éditeur Tsutaya Jūzaburō dans les années 1790. La réussite de ce dernier tournait autour des estampes de femmes et d'acteurs d'Utamaro et de Sharaku, et les profits générés ont augmenté considérablement en quelques mois. Certains spécialistes pensent donc que notre artiste et son éditeur n'étaient en réalité qu'une seule et même personne. De plus, Tsutaya Jūzaburō est mort en 1797, à l'âge de 48 ans, deux ans après la disparition mystérieuse de Sharaku.

L'artiste a subi de nombreuses critiques en son temps et un manuscrit contemporain précise que "Sharaku faisait le portrait des acteurs de Kabuki, mais, parce qu'il les représentait de manière trop fidèle, ses estampes ne respectaient pas les idées du temps, et sa carrière fut brève". Ses descriptions picturales trop fidèles, attentives au moindre détail des caractéristiques personnelles du sujet représenté, étaient à la limite du caricatural et instauraient une sorte de malaise. Sharaku fut très apprécié des collectionneurs japonais et la découverte de son oeuvre par les artistes et collectionneurs occidentaux au XIXe siècle lui conféra une renommée internationale. Il est aujourd'hui considéré comme un des plus grands artistes de l'estampe japonaise, et le premier artiste "moderne" du Japon. Ajoutée au faible nombre d'estampes qui existent encore de lui aujourd'hui, cette modernité se traduit par des prix record en salles de ventes dans le monde entier.

   Les oeuvres de Sharaku sont classées en quatre périodes dont celle de ses portraits dans laquelle notre oeuvre peut être incluse. Le Tokyo National Museum conserve aujourd'hui 27 des 28 premiers yakusha okubi-e (littéralement portrait d'acteur en buste, en gros plan) qui comprennent des gros plans d'acteurs ayant joué dans des représentations d'été par les trois principales troupes d'Edo en mai 1794. Notre estampe en fait partie. Ces 27 portraits sont désignés comme trésors nationaux. De nombreuses autres collections dans le monde possèdent des estampes du maître : l'Art Institute de Chicago, le Metropolitan Museum de New-York, le Museum of Fine Arts de Boston (qui possède le même portrait que le notre), le British Museum, l'Edo Tokyo Museum, ou encore la Bibliothèque Nationale de France. 

 

 

Anecdotes :

-L'oeuvre de Sharaku a beaucoup influencé les artistes parisiens, notamment Henri de Toulouse Lautrec et son cercle montmartrois.

-Un film sur l'artiste, Sharaku, de Masahiro Shinoda, avec comme acteur principal Hiroyuki Sanada, a fait partie de la sélection officielle du Festival de Cannes de 1995.

Bibliographie :

-Richard Lane, L'Estampe japonaise, Aimery Somogy, Paris, 1962.

-Huguette Bérès, Sharaku. Portraits d'acteurs 1794-1795, Huguette Bérès, Paris, 1980.

-Nelly Delay, L'Estampe japonaise, Hazan, Paris, 1993.

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